Stephen KING ET LE PARANORMAL : LA PERCEPTION EXTRASENSORIELLE.

4. L'IMPORTANCE DU MÉDIUM

dans l'oeuvre de King

 

"Quand Duddits entre en scène, l'image devient cent fois plus brillante,

cent fois plus précise." (Dreamcatcher, 505)

Adolescent, King a lu avec fascination les recueils de faits et anecdotes étranges publiés en livre de poche : Ripley's Believe It or Not (Incroyable, mais vrai), où il trouve d'innombrables curiosités, des faits merveilleux, mais aussi des monstres animaux ou humains, ces aberrations tératologiques qui éc¤urent ou effraient les hommes depuis toujours : "C'est dans le Ripley's Believe It or Not que j'ai commencé à voir pour la première fois à quel point pouvait être ténue la ligne qui sépare le fabuleux de l'ordinaire, aussi que la juxtaposition des deux faisait autant pour jeter une lueur nouvelle sur les aspects ordinaires de la vie que pour éclairer ses manifestations les plus aberrantes." (Rêves et Cauchemars, 11)

King continue toujours à vivre dans ce monde de l'extraordinaire en correspondance avec son ¤uvre : "L'univers entier pullule de faits bizarres et inexplicables. Il y a même des journalistes qui passent leur vie à en dresser l'inventaire dans des recueils du type La Réalité dépasse la fiction." 0

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Cette étude fait partie d'une série de six, qu'il vaut mieux lire dans l'ordre suivant :

1. LA VOYANCE

2. LA TÉLÉPATHIE

3. PROCÉDÉS MANTIQUES EN VOYANCE ET BILOCATION

* 4. L'IMPORTANCE DU MÉDIUM dans l'oeuvre de King

5. UNE EXCEPTIONNELLE MISE EN SCÈNE DE L'AURA

6. L'ÉNERGIE VITALE..

La croyance la plus archaïque de l'humanité, l'animisme1, prétend que les végétaux, animaux, différentes choses, et bien sûr les hommes, ont un esprit. Dans ce monde, ordinairement invisibles, existent aussi des entités, ou des esprits d'hommes trépassés, qui sont doués d'intentions. Il est possible à certains humains et aux esprits de toutes sortes de communiquer. Si les humains ordinaires étaient en effet considérés comme inaptes à une telle communication , certains hommes ayant des dons spéciaux avaient ce pouvoir, souvent en modifiant leurs états de conscience. Chaque civilisation a éprouvé le besoin d'avoir ses spécialistes du sacré : chamanes, prêtres, hommes-médecine, devins, magiciens, médiums, guérisseurs, exorcistes, qui prétendaient avoir la capacité de communiquer avec les esprits.

La valeur de la transmission d'informations venant du monde-autre2 dépend ainsi de la présence d'individus particulièrement doués servant d'intermédiaires entre les deux mondes, le nôtre et celui de la Surnature. On les a appelés «médiums», d'un mot latin signifiant «moyen, milieu». Le médium, qui tient une grande place dans la doctrine spirite, joua au fil du temps un rôle social important, puisqu'il peut parler au nom des esprits ou des entités. «Médium» signifie «en position intermédiaire» et les médiums se présentent bien comme des médiateurs entre notre monde habituel et le monde des forces magiques, ou entre le monde matériel et le monde spirituel3. Dans l'Antiquité, on pensait que les dieux ou les génies s'exprimaient par leur intermédiaire. Au Tibet, nombreux sont les médiums qui interprètent les messages des morts lors de séances collectives.

La médiumnité est l'ensemble des phénomènes de communication avec ce monde inconnu. Le mot appartient notamment au vocabulaire de la doctrine du spiritisme, dans laquelle les vivants et les morts peuvent communiquer (les morts sont, pour le spiritisme, des esprits désincarnés). La doctrine spirite4 se fonde en effet sur la croyance qu'il existe des relations entre le monde matériel et le monde invisible et que le médium est celui dont le corps, caisse de résonance particulière, a le pouvoir d'exprimer par son corps ou sa voix le besoin de communication du monde-autre. Certains spirites expliquent en effet que le médium peut réaliser leurs intentions par son corps5 : quand Carrie exerce la télékinésie, elle utiliserait en fait un esprit qui interviendrait dans le monde matériel6. Les êtres du monde-autre se manifestent aussi par la voix quand le médium communique aux autres les mots qu'il reçus, parfois sans les comprendre, généralement par télépathie.

D'autres commentateurs, qui trouvent ces explications spirites insatisfaisantes, cherchent à ces manifestations une formulation apparemment scientifique. Ils font intervenir la «parapsychologie», qui explique ces manifestations par des forces (et non par l'intervention des esprits), mais la théorisation est encore à faire, et nous n'avons pas pour l'instant de résultats probants de ce qui est avancé. Nous n'avons actuellement aucune idée de la façon dont ces forces peuvent se manifester dans la vie psychique, même si elles se manifestent vraiment...7 On en arrive à des explications de plus en plus sophistiquées (et évidemment sans possibilité de preuve), mêlant parapsychologie et spiritisme : par exemple un médium aurait une force parapsychique particulière, qui extérioriserait de l'énergie dans laquelle les esprits viendraient puiser les vibrations nécessaires pour rendre possible une action psychocinétique...8

Dans son
Livre des médiums9, Allan Kardec distingue plusieurs sortes de médiums, les médiums «facultatifs», qui ont conscience de leur pouvoir et provoquent par conséquent les phénomènes de leur plein gré, et les médiums naturels qui les produisent inconsciemment. Il énonce leurs caractéristiques. Chaque médium a une méthode spécifique pour entrer en contact avec les entités, ce qui permet de définir plusieurs catégories.

Les médiums mis en scène par Stephen King.

Le liste des médiums d'Allan Kardec n'a subi que peu de modifications en un siècle et demi. On trouve à peu près tous ces médiums dans l'oeuvre de King.

Pour les
médiums voyants en divination, spécialisés dans la lecture du passé et de l'avenir, le lecteur est renvoyé à l'étude proposée sur ce site de la voyance­chez Stephen King.

Les médiums sensitifs ont la capacité de percevoir la présence des esprits en éprouvant une sensation plus ou moins vague, qui peut être bonne et agréable, ou bien mauvaise et angoissante, en fonction de la nature de l'esprit. Ainsi Mike Nonan, écrivain et médium naturel, ayant acquis à un certain moment des dispositions de télépathe (voir mon étude sur LA TÉLÉPATHIE). Dans sa maison hantée Sara Laughs, il ressent pour la première fois la présence de l'esprit de sa femme morte, alors que précisément il pense à elle : "Je me tournais pour quitter la pièce, lorsqu'une soudaine bouffée d'air frais, phénomène stupéfiant par cette chaleur, me frôla le visage. Pas le corps : seulement le visage. Une sensation tout à fait extraordinaire, comme si deux mains avaient, pendant un bref instant, doucement tapoté les joues et mon front. En même temps je crus entendre une sorte de soupir tout contre mon oreille... Mais le mot ne convient pas vraiment. Ce fut plutôt un susurrement qui passa devant mes oreilles, comme un message soufflé très vite dans un murmure." (Sac d'os10, 153) Il faut noter, pour bien insister sur le caractère surnaturel de la situation que, dans le cas de cette présence sentie par un courant d'air, seul le médium ressent cette impression. Les rideaux de la pièce par exemple ne flottent pas sous l'effet d'un déplacement d'air. L'expérience est complètement subjective.

Une convention veut que les fantômes malveillants sont accompagnés par une impression de froid, alors que les bienveillants le sont par la chaleur (analogie avec la qualification des sentiments suivant leurs caractéristiques : froids ou chaleureux) : "Une présence, démesurée mais invisible, me frôla comme un obus. Pas un cheveu ne se déplaça sur ma tête, mais j'eus l'impression très vive d'être secoué, comme on l'est par le déplacement d'un train express lorsqu'il passe à toute vitesse dans une gare. (...) Je poussai un cri de surprise et reposai mon verre. (...) Je n'éprouvais plus aucun besoin de me rafraîchir, d'ailleurs, car la température de Sara Laughs venait de dégringoler furieusement." (Sac d'os, 378)

Les esprits ont conservé les mêmes sentiments que les hommes, l'amour comme la haine. Ils sont disposés à leur nuire ou à les aider, et demeurent aussi belliqueux que les vivants. Dans Sac d'os, l'écrivain assiste à un long combat entre des esprits, dont le narrateur ne perçoit la présence que les modification de la température de l'air : "Le vent se mit à souffler, un vent froid, bientôt rejoint par un autre, chaud celui-ci, presque brûlant pour former un cyclone. Sa valse folle vient tourbillonner autour de moi." (528) Ce sont les esprits de deux mortes, son épouse Johanna qui l'aide et une adversaire, Sara, obsédée de vengeance. Dans le cas présent, les esprits sont capables d'agir sur les choses et de réaliser des modifications physiques, ce qui n'est possible que dans certaines situations, liées à l'utilisation par les esprits d'une énergie extérieure qui leur rend possibles ces actions.11

Les
médiums auditifs entendent la voix ou les manifestations sonores des esprits de deux manières : en dedans d'eux-mêmes, comme une voix dans leur tête; ou venant d'en dehors d'eux-mêmes, perçues par l'ouie, comme celle d'une personne normale (ou éventuellement l'enregistrement au magnétophone).
Le premier cas, la
communication intérieure directe télépathique, est fréquent chez King. Il pratique systématiquement l'utilisation d'une deuxième ou troisième voix, qui reflète le plus souvent des aspects divers de conscience (en termes freudiens, le moi, le ça et le surmoi (le surmoi se manifeste souvent sous la forme de propos d'un parent ou d'un proche). Mais un esprit peut se manifester ainsi. Dans Sac d'os, l'esprit d'un garçon mort, noyé par un criminel, se manifeste à Mike Noonan le romancier, sans qu'il sache de qui il s'agit, presque sous la forme d'un poème : "Des pensées ne m'appartenant pas (...) s'agitèrent dans ma tête. Elles battaient contre les parois de mon crâne comme des papillons de nuit pris dans un abat-jour ... ou dans une lanterne japonaise.
aide je suis noyé
aide je suis noyé
homme casquette bleue dit j'taurai
homme casquette bleue dit il m'laissera pas jacter
aide je suis noyé
perdu mes mûres sur le terrain
lui me tient
son visage brouillé méchant
lâche-moi lâche-moi oh mon Dieu lâche-moi"
(...) etc (329)
Autre exemple, de
Ça, où les voix intérieures des entités se produisent à plusieurs reprises : "La Tortue parla dans la tête de Bill, et Bill comprit sans trop savoir comment qu'il existait encore un Autre et que cet Autre ultime demeurait dans le vide au-dessus de celui-ci." (103)

Dans Désolation, David, après avoir visité à l'hôpital son copain gravement accidenté, s'est retiré sur une plate-forme qu'il avait édifiée avec lui dans un arbre. Il est accablé de douleur, mais il sent comme une présence:"Il y a quelqu'un? Je vous en prie, répondez!". Et quelque chose se manifeste: "Oui, avait dit cette voix. Je suis là.
- Qui êtes-vous?
- Qui je suis, dit la voix avant de se taire comme si cela expliquait tout."
(152)

Dans le cas d'une communication ordinaire, les voix des esprits peuvent prendre les intonations et la force des paroles humaines. Un bon exemple de gradation est donné dans Sac d'os, où Mike sent et entend progressivement la présence de l'esprit de son épouse morte avant de la voir, du "susurrement" (153) au cri de douleur : "Je fermai les yeux et commençai à m'enfoncer dans le sommeil, lorsqu'un hurlement déchira le silence de la maison. (...) C'était Johanna. Je ne l'avais jamais entendu hurler ainsi, pendant toutes les années que nous avions passées ensemble, mais je n'en éprouvais pas moins la certitude que c'était elle." (427)

Avec un peu d'entraînement, les médiums deviennent capables de reconnaître les esprits qui se manifestent au timbre de leur voix : "Le bruit de l'air en mouvement se mit alors - comment exprimer cela? - à se concentrer, en quelque sorte, à se ramasser sur lui-même pour devenir un bruit de voix, de voix haletantes, des voix d'outre-tombe pleines de fureur. Elles auraient hurlé si elles avaient eu des poumons. (...) Un bref instant, j'entendis Sara qui grondait de sa voix de fumeuse : Barre-toi, salope! Barre-toi, j'te dis! Ce truc-là ne te regarde... Puis il y eut un bruit sourd, mais sans substance, comme si de l'air venait d'entrer en collision avec de l'air 12. Il fut suivi d'un cri (...) que je reconnus : je l'avais entendu au milieu de la nuit. Johanna hurlait, Sara lui faisait mal, Sara la punissait parce qu'elle intervenait et Johanna hurlait." (529)

Les médiums parlants ont la faculté de parler à la place des esprits. Il ne faut pas confondre les médiums auditifs et les médiums parlants : les premiers entendent la voix des esprits, puis répètent aux autres ce qu'ils ont entendu : "Le Seigneur Dieu me l'a dit en rêve. Je ne voulais pas l'écouter. Je suis une vieille femme, et tout ce que je veux, c'est mourir sur ce petit bout de terre. La terre de ma famille depuis cent douze ans. Mais il est dit que ce n'est pas là que je mourrai, pas plus que Moïse n'est allé en Canaan avec les enfants d'Israël. (...) Dans mes rêves, je m'en allais vers l'ouest. D'abord avec quelques personnes, puis avec d'autres, et d'autres encore. À l'ouest, toujours à l'ouest, et je voyais un jour les montagnes Rocheuses. Nous formions une véritable caravane, deux cents personnes, plus peut-être. Et il y avait des signes... non, pas des signes de Dieu, des panneaux indicateurs : BOULDER, COLORADO, 965 KILOMÈTRES ou encore DIRECTION BOULDER." (Le Fléau, 511)

Les médiums parlants ne comprennent pas toujours ce que les esprits veulent leur faire dire, et se contentent de «prêter» leur bouche à l'entité qui désire s'exprimer à travers eux. Dans Insomnie, le vieux Dorrance, médiateur de l'Intentionnel, qui ressemble à un "prophète de l'Ancien Testament" (199), vient voir Ralph pour lui transmettre une directive : "Le message dit : Annule le rendez-vous." (196). Cet ordre laconique ne s'accompagne d'aucune justification. La médiation n'implique pas que le médiateur soit personnellement pénétré du message qu'il livre. Il n'est qu'un canal par où circulent les intentions de l'Ordre de l'Intentionnel et les instructions d'exécution, comme le signale Dorrance "Je ne me mêle pas de leurs affaires, je te l'ai dit. De temps en temps, je me charge d'un message, comme aujourd'hui. C'est tout (...). Le reste te regarde." (197).

Il arrive que des médiums tiennent des propos et formulent des pensées éloignés de leurs idées habituelles ou qui ne font pas partie de leurs connaissances. Certains parlent parfois avec un timbre de voix différent du leur, avec un accent, ou bien utilisent une langue étrangère. Dans la nouvelle lovecraftienne
Jerusalem's Lot, une malédiction familiale pèse sur la demeure du narrateur venu récemment y habiter. Elle est sous le contrôle d'une créature d'un autre monde. Le narrateur visite l'église du village voisin abandonné depuis des siècles, et monte à la chaire, sur le lutrin de laquelle se trouve ouvert le Livre du culte nouveau : "Deus vobiscum magna vermis...

Devant moi, sur la page, les mots s'animèrent, serpentèrent, trempés dans le sang du sacrifice, esclaves d'une créature d'au-delà des étoiles... (...) Et le latin fit place à une langue plus ancienne, déjà vieille quand l'Égypte était jeune et que ses pyramides n'étaient que du sable, déjà vieille quand la Terre n'était encore qu'une boule instable de gaz incandescents.
- Gyyagin vardar Yogsoggoth! Verminis! Gyyagin! Gyyagin! Gyyagin!
La chaire commença à se fendre, se dilatant vers le haut...
(...) Je restai pétrifié et la force surnaturelle m'investit tel un antique vaisseau qui a attendu pendant des années... pendant des générations.
- Gyyagin vardar! tonnai-je. Serviteur de Yogsoggoth, Celui qu'on ne peut Nommer! Le Ver d'Outre-Monde! Celui qui gobe les Étoiles! Celui qui aveugle le Temps! Verminis! Voici venue l'Heure de l'Assouvissement, le Temps de la Soumission! Verminis!"
(Danse Macabre, 61)13

Les médiums voyant les esprits ont cette capacité qui s'exerce soit à l'état de veille, soit en phase de transe. Dans Sac d'os, Mike a l'occasion de voir à plusieurs reprises son épouse, tantôt matérialisée, tantôt en partie dématérialisée. Matérialisée, elle porte les vêtements du jour de sa mort : "Johanna était habillée de la blouse blanche et du pantalon bleu qu'elle portait le jour de sa mort. (...) Je ne pouvais voir le lac à travers son corps; elle s'était complètement matérialisée. J'éprouvais une curieuse sensation de me vider à hauteur de na nuque et je crus comprendre pourquoi." 14 (561) Ayant dû lutter contre le fantôme de Sara, Johanna, toute énergie disparue, perd sa consistance matérielle progressivement : "Johanna s'y trouvait toujours, silhouette indistincte à travers laquelle j'apercevais maintenant le lac, ainsi que les nuages noirs du prochain orage surgissant au-dessus des montagnes. (...) C'était Johanna que je voulais voir, Johanna venue de Dieu sait savait et ayant souffert Dieu seul savait pour m'aider. Elle semblait épuisée, tourmentée et fondamentalement diminuée. (...) Johanna se tourna vers moi et me sourit.
«On a réussi, Jo!».
Ses lèvres bougèrent. J'entendis bien des sons, mais ils paraissaient provenir de trop loin et étaient trop indistincts pour que je puisse distinguer les mots
. (...) Des mots qui me parvenaient d'une autre galaxie, à peine entrevus sur des lèvres qui s'estompaient. Elle était maintenant réduite à deux yeux flottants, dans la lumière sourde, deux yeux qui paraissaient émaner du lac, derrière. (...) Elle s'évanouit." (566/7)

 

Les médiums guérisseurs peuvent guérir par le toucher, le regard ou le geste, sans médicaments, ni potions, grâce à leur énergie personnelle. C'est la cas de Caffey dans La Ligne Verte, condamné à mort. Il guérit le gardien-chef qui souffre d'une maladie douloureuse de la vessie : "Il a plaqué sa main sur mon bas-ventre, juste au-dessus de mon pénis, précisément sur le pubis. (...) Au même instant, j'ai ressenti une secousse, l'impression d'encaisser un grand coup dans le bide mais sans éprouver la moindre douleur. Le choc m'a tout de même projeté en avant, dos cambré. (...) Pendant un moment, cependant, tout fut affecté d'une étrange distorsion. (...) Je sentais mes doigts agriffer l'air et mes pieds battre frénétiquement le sol de la cellule.
Et puis, ça s'est arrêté. Je ne souffrais plus. Le feu et la douleur lancinante avaient déserté mon bas-ventre, la fièvre n'était plus qu'un souvenir."
(III, 26) 15
Il arrive souvent que des médiums guérisseurs bénéficient, plus ou moins directement, de l'aide d'une entité qui accroît leur propre énergie. C'est le cas d'Abigaël, qui guérit Frannie : "
La douleur... mon mal de-dos, Parti, dit-elle en regardant Stu, complètement parti. Regarde,
Elle se pencha et se toucha le bout des pieds: une fois, deux fois. Puis elle se pencha une troisième fois et posa ses mains à plat sur le plancher sans fléchir les genoux..
Elle se releva et ses yeux croisèrent ceux de mère Abigaël.
- Votre Dieu essaie de m'acheter?"
(Le Fléau, 936)

King s'amuse à inventer le cas d'un esprit qui établit un diagnostic et prescrit un traitement dont le médium n'aurait pas la moindre idée dans des conditions normales. Tom, dans
Le Fléau, n'arrive pas à soigner correctement Stu. Il rencontre le fantôme de Nick, un ami mort, muet quand il était vivant, mais qui peut lui parle télépathiquement maintenant, sans devoir écrire pour communiquer comme il le faisait dans sa vie antérieure : "Il faut que tu saches. Il fait une pneumonie double. (...) Il faut que tu fasses certaines choses pour lui." Tom se retrouve brutalement déplacé dans une pharmacie, pour y retrouver le fantôme de Nick derrière le comptoir, en blouse blanche : "Nick? - Certainement, monsieur, répondit Nick en alignant une série de petits flacons devant Tom. Voici de la pénicilline. Excellent contre la pneumonie. Ceci est de l'ampicilline, et ici nous avons de l'amoxicilline. Excellent également. Voici de la V-cilline, administrée surtout aux enfants. Elle peut donner des résultats si les autres ne sont pas efficaces. Le malade devrait boire beaucoup d'eau et de jus de fruits, mais la chose n'est peut-être pas possible. En ce cas, donnez-lui donc ceci. Ce sont des pastilles de vitamine C. Il faut également le faire marcher. (...) À nouveau, Nick était comme de la fumée qui passait à côté de lui, peut-être même à travers lui. " (1134)

Les
médiums pneumatographes se caractérisent par l'écriture directe, automatique. Ils écrivent des messages écrits par les esprits, sans intervenir personnellement, des signes, des lettres, des mots, des phrases et parfois même des textes. Comme Mike, l'écrivain de Sac d'Os, auquel sa femme fantôme veut donner un conseil en lui faisant écrire un court texte répétitif, transcription interrompue par un "esprit" adversaire : "Je fus saisi au poignet par quelque chose de chaud à la consistance d'oreiller. Ma main, propulsée en avant, atterrit brutalement sur le bloc-notes. Je la vis le tripoter avec maladresse, à la recherche d'une page blanche, puis attraper le crayon posé à côté. Elle s'en saisit comme d'une dague et quelque chose se mit à écrire par ce truchement, non pas en guidant ma main, mais en la violant. Elle se déplaça lentement au début, pratiquement à l'aveuglette, puis prit de la vitesse et finit par voler, déchirant presque le papier, à la fin.

J'avais quasiment atteint le bas de la page lorsque le froid retomba, ce froid extérieur qui était comme une averse de grésil en janvier, me glaçant la chair et pétrifiant la morve dans mon nez, tandis que de ma bouche sortaient, dans un hoquet, deux bouffées blanches. Ma main se crispa et le crayon se cassa en deux. (...) Dans mon dos, il y eut aussi un étrange double : pop! comme si deux bouchons de champagne venaient de sauter 16. Puis ce fut terminé. J'étais de nouveau seul." (445)

Les
médiums écrivains, dits encore psychographes, écrivent en écriture automatique (comme le faisaient) ou dessinent sous l'influence des esprits. Certains amateurs ou écrivains, notamment des surréalistes, prétendent avoir écrit ainsi17. D'autres n'ont pas conscience d'être manipulés. L'entité exprime ses directives ou sa volonté par l'intermédiaire du médium, qui le plus souvent croit avoir écrit avec sa pleine conscience. En fait, il n'at été que l'intermédiaires écrivant sans intervention de sa volonté, dans une sorte d'état d'inconscience . Dans Sac d'Os, le fantôme de l'épouse vient en aide à son mari écrivain Mike, un des derniers descendants de l'auteur d'un crime horrible perpétré au début du siècle, poursuivis depuis par des forces vengeresses du monde-autre. Mike, qui écrit un roman alors qu'il était en panne d'inspiration, est un grand amateur de mots croisés comme sa femme. Il se rend soudain compte que le texte qu'il croit avoir écrit seul est en fait codé : "Une sorte de monument édifié par (...) ma femme me passant des messages dans le dos des gardiens, priant avec tout son vaste coeur pour que je voie et comprenne." (523)
Les premiers caractères de chaque ligne de certaines pages lus verticalement délivrent le message : hibou sous atelier. Le contenu renforce ce message : "
Andy Rake, dans My Childhood Friend de Michael Noonan a rarement le front plissé ou la mine renfrognée; il fronce plutôt les sourcils. Il fronce les sourcils parce qu'il y a un hibou dans tout froncement de sourcils 18. Avant de venir en Floride, il avait travaillé dans un atelier de Californie. La première fois que Rake rencontre Regina Whiting, c'est dans l'atelier de celle-ci. La dernière adresse connue de Ray Garraty était rue de l'Atelier à Key Largo. La meilleure amie de Regina s'appelait Steffie Souate, et le mari de celle-ci Abou Souate, et Abou Souate se trouvait à un moment donné ficelé, lié - Abou Souate lié - deux pour le prix l'un, pas mal, non?
Hibou sous atelier. C'était partout, sur chaque page."
(523) Le texte même reproduit ce message si on rassemble les premières lettres de chaque ligne du manuscrit.
Ce message renvoie à deux hiboux en plastique l'épouse a achetés
19. Un des hiboux cache des documents et des informations précieuses pour la compréhension des événements dramatiques qui se produisent : "Je feuilletai le manuscrit et vis les mots-clefs partout, parfois placés de manière à être lus sur plusieurs colonnes différentes. Avec quelle opiniâtreté avait-elle essayé de faire passer son message..." (524)

- les
médiums intuitifs ont, eux, conscience de ce qu'ils écrivent, et du fait qu'ils n'expriment pas leur pensée, mais celle d'un autre. Ils ont une fonction d'interprètes et doivent, pour pouvoir la transmettre convenablement, comprendre la pensée de l'entité. King propose deux exemples dans Le Fléau : la vieille Abigaël et Flagg, qui envoient des messages télépathiques répercutant les desseins de leurs divinités respectives : " La vieille femme était une sorte de médium. Et Flagg aussi, l'homme noir. Ils étaient des radios humaines, en quelque sorte." (737) Un peu plus loin, un personnage suggère que mère Abigaël a "une ligne directe avec le ciel." (831)

- les
médiums somnambules sont ceux qui entrent en contact avec les entités non pas à l'état de veille ordinaire, mais au cours de phases de somnambulisme ou d'un état de conscience semblable : la transe. Les modes de transmission et les genres de manifestations sont les mêmes que les précédents, la différence résidant dans l'état de conscience différent du médium. L'état de somnambulisme ne doit pas être confondu avec la transe, dont il sera question plus loin. Je n'ai pas relevé d'exemple de ce type de médiums en crise de somnanbulisme.

Les
médiums à effets physiques sont capables de produire des déplacements d'objets, des bruits, des coups, etc20. Cela va des manifestations les plus simples et usuelles (mouvements de guéridon au cours de séances de spiritisme), aux phénomènes les plus rares et spectaculaires, comme l'élévation d'objets pesants (la télékinésie dans Carrie), la capacité de produire des combustions (la pyrokinésie dans Charlie), l'apparition et la disparition d'objets, la matérialisation de substances particulières (comme un ectoplasme) ou d'apparences revêtant la forme d'êtres humains ou d'animaux (comme Seth, médium de Tak dans Les Régulateurs)21.Les médiums des tables tournantes ou des planchettes Oui-ja pensent entrer en rapport avec les esprits, par le nombre et la cadence des coups perçus (rags) qui constituent un code de communication auditive. Il est possible d'obtenir des informations avec de la patience : on énumère les lettres ou les chiffres et l'esprit frappe un coup à l'élément choisi. Les lettres ou chiffres retenus forment des mots ou des nombres qui peuvent être assemblés en phrases. Il est régulièrement fait allusion à la planchette Oui-ja dans les romans de King, qui intervient dans une longue scène de Le Fléau : "C'est une planchette oui-ja, un instrument dont se servent les médiums. Les kinesthéologues... (...) Ils prétendent que la planchette réagit en fait à de petits mouvements des muscles, probablement guidés par le subconscient. Naturellement, les médiums prétendent que la planchette obéit aux esprits." (784). La planchette Oui-ja a été étudiée dans un autre article ­. Dans Sac d'os, Mike a senti une présence sur laquelle il voudrait mettre un nom, en utilisant le code ordinaire des raps des pratiquants des tables tournantes, un coup pour oui, deux coups pour non. Un extrait du curieux échange : "«Es-tu Lance Devory?»
Toc-Toc, immédiatement.
«Ce n'est pas dangereux pour moi d'être à Sara? Suis-je en danger?»
Toc. Un silence. Je savais que c'était un silence et que la chose dans l'escalier n'en avait pas terminé. Puis : Toc-toc. Non, ce n'était pas dangereux. Si, c'était dangereux.
(...)
«Es-tu la personne qui pleure dans la nuit?» demandais-je?
Toc-toc."
(183)
Les représentants des médiums kingiens (les exemples retenus ont été volontairement limités) ont une constante particulière. Ce sont sont souvent des enfants ou des écrivains qui ont conservé l'esprit d'enfance.

Le profil du médium kingien.

Quel est le profil psychologique d'un médium? Deux thèses sont en présence chez les partisans de l'occulte, que King reprend toutes deux avec opportunisme, suivant l'optique de ses romans.

Anomalies génétiques avec apparence de dégénérescence.

En accord avec Sigmund Freud, qui écrivait que la télépathie était un "
mode d'action archaïque" par lequel les individus parvenaient à se comprendre mutuellement, mais que le cours de l'évolution de l'espèce avait repoussé à l'arrière-plan avec l'apparition du langage, on a volontiers fait des médiums des demeurés. On a interprété le qualificatif "archaïque" dans un sens régressif, rejoignant une tradition remontant à un lointain passé. King fait allusion à cette tradition22 dans Le Fléau en évoquant Tom, un débile mental : "Les fous et les retardés ont parfois été considérés dans le passé comme des hommes investis de pouvoirs divins. Je ne crois pas qu'il [Tom] nous ait dit quoi que ce soit qui puisse nous être utile en pratique, mais il m'a fait drôlement peur. (...)
- Ça me dépasse complètement, marmonna Ralph. Ces choses qu'il a dites sur mère Abigaël, je ne veux même pas y penser." (830) Tom lui-même s'appelle le "fou de Dieu".
On s'est en effet demandé dans quelle mesure la nature du médium pouvait intervenir sur la communication, et s'il ne fallait pas qu'il ait une personnalité exceptionnelle. D'après la doctrine spirite, l'influence de la personnalité du médium, simple intermédiaire, ne devrait pas opérer pour plusieurs raisons. D'abord, la plupart des sujets abordés au cours des séances se situent souvent hors de la capacité de compréhension du médium, ce qui ne peut s'expliquer que par l'intervention surnaturelle d'un être à l'intelligence supérieure. Ensuite, dans le cas des médiums écrivains, l'écriture change chaque fois qu'une nouvelle entité se manifeste. Enfin on a remarqué que beaucoup de médiums avaient un niveau culturel faible, et qu'on trouvait même parmi eux des analphabètes. La seule explication de ces diverses constatations est que peu importe la personnalité du médium, l'essentiel est qu'il soit une bonne caisse de résonance
23

............

Deux personnages sont particulièrement caractéristiques, Tom Cullen, dans Le Fléau, et Duddits dans Dreamcatcher.
Paraissant jeune (la vingtaine) alors qu'il est déjà vieux (quarante-cinq ans), Tom Cullen a souvent "
le visage vide, comme un robot dont on a débranché la prise." Il le reconnaît naïvement : "J'ai été jusqu'en dixième, mais j'avais seize ans. Et mon papa a trouvé que ça suffisait comme ça. Que j'étais trop grand." (398) "De toutes ces vilaines expressions dont on se servait pour parler de l'arriération mentale 24, une convenait tout à fait à Tom Cullen. Nick l'avait souvent employée à son sujet, avec toute la compassion dont il était capable, dans le silence de son coeur. Et cette expression était la suivante : il lui manque une case. Ou plusieurs. C'était bien cela. Tom jouait aux cartes avec un jeu incomplet. ." (822)
Cependant Tom fait l'étonnement de son entourage parce qu'il sait et comprend beaucoup de choses. Dans son état normal, il réagit souvent avec l'intuition vive de l'animal sauvage. Mis sous hypnose, il révèle alors l'étendue de ses possibilités. Par exemple, mère Abigaël a disparu, personne ne sait où elle est, mais Tom est capable de la «voir» : "
Tom, dit soudain Ralph, sais-tu si mère Abigaël... est encore vivante ?
Le visage de Ralph était tendu, comme le visage d'un homme qui mise tout sur les dés qu'il vient de jeter.
- Elle est vivante.
Ralph se recula contre le dossier de sa chaise en prenant une grande respiration.
- Mais elle n'est pas encore avec Dieu, ajouta Tom.
- Pas encore avec Dieu? Pourquoi pas, Tom?
- Elle est dans le désert, Dieu l'a emportée dans le désert, elle ne craint pas la terreur qui vole à l'heure de midi, ni la terreur qui rampe à l'heure de minuit... le serpent ne saurait la mordre pas plus que l'abeille la piquer... mais elle n'est pas encore avec Dieu. Ce n'est pas la main de Moïse qui fit jaillir l'eau du rocher. Ce n'est pas la main d'Abigaël qui a renvoyé les belettes le ventre vide. Il faut avoir pitié d'elle. Elle verra, mais elle verra trop tard. Il y aura la mort. Sa mort à lui. Elle mourra du mauvais côté du fleuve. Elle...
- Faites-le arrêter, gémit Ralph. Vous ne pouvez pas le faire arrêter?"
(827)

On retrouve les mêmes signes apparents de dégénérescence biologique ou d'anomalie d'ordre génétique avec Duddits de
Dreamcatcher. Il a l'allure d'un mongolien et, enfant, va à la Mary M. Snowe School for the Exceptional, connue par les gosses du quartier comme l'Académie des Retardés, ou l'École des débiles (138). Plus tard, il ressemble à Tom Cullen : "C'était ça, avec Duddits, il avait à présent près de trente ans, mais il allait mourir enfant, bien avant d'avoir atteint la quarantaine. (...) Le syndrome de Down 25 avait fait de lui un Peter Pan qui disparaîtrait bientôt et pour toujours dans le Pays Imaginaire." (210)

Et cependant le trisomique de Derry voit "la ligne", a des capacités spéciales de voyant télépathe qui communique en partie son don à ses amis qui l'ont côtoyé journellement pendant leur enfance. Il est leur "attrapeur de rêves", à l'aide duquel ils élimineront un extraterrestre désireux de contaminer une réserve d'eau pour répandre son espèce par le moyen de spores : "Quand Duddits entre en scène, l'image devient cent fois plus brillante, cent fois plus précise. (...). Parce que Duddits est peut-être retardé à de nombreux titres, mais pas à celui-ci; dans ce domaine, ils ne sont que de pauvres petits débiles tandis que Duddits est un génie." (505)

Des dons nouveaux.

Contrairement à Freud, des parapsychologues, comme Aimé Michel, n'ont pas vu dans la médiumnité un mode de communication archaïque en voie de disparition. Pour eux, il n'y aurait pas dégénérescence, mais bien au contraire apparition des nouvelles possibilités d'une surhumanité, le résultat de modifications génétiques favorables permettant l'irruption d'une nouveau potentiel humain
26. D'autres, comme Marcel Martiny, un anthropologue, ont repris cette thèse pour lui donner la consistance historique nécessaire : comment en effet expliquer qu'il n'y a pas davantage d'humains ainsi exceptionnellement doués. Martiny prétend qu'au cours de l'histoire ceux qui montraient des dons exceptionnels étaient persécutés, voire éliminés. Il donne l'exemple de l'Inquisition brûlant les prétendues sorcières, ou des pogroms ou véritables psychoses épidémiques collectives frappant les hommes jugés «différents». Ces suppressions n'auraient pas permis aux doués de transmettre leur capital génétique à la postérité et seuls quelques rares mutants de ce type serait parmi nous. Un des leitmotiv du «paranormal» consiste à déclarer que des «forces» inconnues actuellement peuvent être mises en valeur par certains individus qui ont «obtenu» l'accès à une connaissance secrète.

King a d'abord repris cette perspective avec Carrie. Son don provient d'une mutation génétique, selon la commission d'enquête chargée d'expliquer son cas : "Nous sommes amenés à conclure que l'autopsie que, si l'autopsie pratiquée sur le sujet révèle certaines modifications cellulaires susceptibles d'indiquer la présence d'un éventuel pouvoir paranormal, il n'y a aucunement lieu de croire à la possibilité d'une récurrence du phénomène considéré." (277) Et pourtant ce don se perpétue, comme dans cette famille dans laquelle la mère se rend compte que sa fille a le même don que Carrie, jouant par exemple avec des billes qui ont "l'air de danser sans qu'elle les touche. Cela m'a rappelé la mémé, tu te rappelles quand la police est venue chercher Pete et que leur pistolet leur a sauté des mains, et la mémé qui rigolait, qui rigolait." (278) La seule inquiétude de la mère est que sa fille risque d'avoir des palpitations, comme la mémé... On sait que le don de Charlie (pyrokinésie) provient d'une mutation due à l'ingestion par ses parents d'une drogue dans le cadre d'expériences médicales où ils s'étaient portés volontaires. Les mutants sont bien là...

Moyens complémentaires de la médiumnité.

La transe.

La médiumnité se manifeste souvent au cours de transes, qui, historiquement, ont toujours joué un rôle important dans les sociétés humaines. Les états de transe étaient par exemple provoqués par des danses et des chants, des rythmes hypnotiques, pendant lesquels certains hommes sont supposés devenir les hôtes d'un être surnaturel. Le médium en état de transe se comporte alors comme l'y contraint l'esprit qui l'habite et qui s'exprime par sa voix. Ces rituels de possession, pendant lesquels un dieu ou un esprit rendait visible sa présence dans le corps d'une personne, avaient l'effet social important de renforcer la croyance collective dans l'existence de ce genre de phénomènes
27.
Les transes et les visions ont ainsi joué un grand rôle dans les religions, qu'elles inspirassent la "danse des Esprits" aux Indiens d'Amérique du Nord, ou la transe collective des tribus Africaines ou les visions de la Vierge Marie. Ces modifications de l'état de conscience devant permettre l'exercice de pouvoirs exceptionnels, étaient pratiquées aussi bien par les chamanes sibériens, les gourous Indiens, les lamas tibétains que les derviches tourneurs turcs...
28

Dans
L'Accident, Johnny, un voyant «tactile», a besoin de toucher un objet pour entrer en transe si la prédiction à faire est importante et demande une forte dépense d'énergie. Dans l'exemple qui suit, il aide le shérif Bannerman à trouver un criminel et s'assoit sur le banc près duquel un crime a eu lieu : "Johnny retira ses gants, les mit dans sa poche, puis s'agenouilla et creusa la neige pour dégager le siège du banc. Bannerman fut à nouveau frappé par la pâleur de son visage. (...) Il saisit le banc à deux mains et un soudain mystère l'envahit. Il n'avait rien ressenti d'aussi intense auparavant et s'y agrippa, c'était...." (212) (Quantité d'impressions affluent alors, dans une longue description)
"
Le shérif recula : les veux de Johnny étaient froids et lointains. Ses cheveux sombres, agités par le vent, étaient rabattus sur son visage, il avait les mains rivées au banc." Il se met à parler avec la voix du tueur : "Son regard transperçait Bannerman. Personne n'était capable d'inventer cela, de produire une telle mise en scène, et le plus terrible c'est que cela lui rappelait quelqu'un, le sourire, l'intonation de la voix... Johnny Smith avait disparu, remplacé par un autre. Dissimulé derrière les traits de Johnny, un autre visage apparaissait : le visage du tueur. Un visage que, lui, Bannerman connaissait." (213) Et Johnny se met à raconter l'histoire du tueur.29
Dans certains cas, le sujet en transe semble dormir, manifeste normalement une totale indifférence à l'égard de son environnement et ne conserve pas le moindre souvenir de ce qui se passe quand il est dans cet état. On verra plus loin le cas de Tom, mis en état de transe par hypnose.

éditionnorvégienne

Dans Sac d'os, des messages sont transmis à Mike, l'écrivain, par un esprit grâce à des plots magnétiques déplacés sur le porte du réfrigérateur. C'est l'occasion pour King de produire un rapprochement intéressant entre l'état de transe, provoqué par une contemplation prolongée de la porte du réfrigérateur, avec l'état de transe dans lequel est placé un écrivain au cours de l'action d'écriture : "Je me mis à manipuler les plots magnétiques, à les déplacer, regardant les mots se former, se défaire, se reformer. C'était un genre particulier d'écriture... Mais c'était de l'écriture. Je me rendais compte à la manière dont j'étais gagné par la transe.
Cet état de demi-hypnose est quelque chose que l'on cultive jusqu'au moment où l'on peut y entrer et en sortir à volonté. La partie intuitive de l'esprit se déverrouille, quand on se met au travail, et s'élève à une hauteur d'environ deux mètres (peut-être trois, les bons jours)
30. Une fois-là, elle se contente de faire du surplace et de vous envoyer de sombres messages magiques et des images fulgurantes. En dehors des moments où elle se libère spontanément et où la transe vous prend de manière inattendue, l'esprit se mettant à produire des associations qui n'ont rien à voir avec des pensées rationnelles et des images fortes et inattendues. D'une certaine manière, c'est l'aspect le plus étrange du processus créatif. Les muses sont des fantômes, et il leur arrive d'entrer en scène sans y être invitées." 31 (355) Comme les fantômes que côtoie Mike dans sa maison de Sara Laughts.

L'hypnose.

Cet état de sommeil artificiel s'obtient par suggestion ou par autosuggestion. Il n'a rien de pathologique et revêt au contraire une importance thérapeutique notable. L'hypnose est en effet utilisée en psychothérapie pour aider un patient à se débarrasser de graves blocages émotionnels irrésolus.
Beaucoup d'expériences paranormales ont eu lieu sous hypnose, car, en abaissant le niveau de veille, le sujet s'avère plus ouvert aux manifestations extrasensorielles. L'état hypnotique est différent de la transe
32 (bien que ses résultats soient en partie identiques à ceux de la transe) puisqu'il est provoqué par l'expérimentateur ou par le sujet lui-même, par autohypnose. C'est le cas de Tom, dans Le Fléau, apparemment un demeuré mental : "Je pense que Tom est ultra-sensible à l'hypnose depuis que je l'ai rencontré en Oklahoma. Apparemment, il arrive depuis des années à s'hypnotiser tout seul, jusqu'à un certain point en tous cas. On dirait que ça l'aide à établir un rapport entre les choses." Nick, muet, écrit que Tom n'a pas d'abord compris à qui il avait affaire : "Il ne pigeait rien du tout. Et puis, j'ai eu l'impression qu'il se débranchait. Je ne trouve pas de meilleur mot. Il est devenu totalement immobile. Ses yeux étaient complètement vides. Puis il est revenu sur terre, exactement comme le patient se réveille quand l'hypnotiseur lui en donne l'ordre. Et il avait compris. Comme ça, c'est tout. Il a fait le vide autour de lui et il a obtenu la réponse." (717)

Connaissant son don de voyance, ses amis décident de l'hypnotiser pour avoir des renseignements indispensables : "Tom ferma immédiatement les yeux. sa tête bascula en avant. sa respiration se fit plus lente, plus profonde. Stu le regardait, stupéfait. (...) Ce n'était pas la voix habituelle de Tom, mais il n'aurait pu dire pourquoi. Elle lui rappelait quelque chose qui était arrivé lorsqu'il avait dix-huit ans. Ils étaient dans le vestiaire des garçons depuis... depuis le premier jour de l'école maternelle dans au moins quatre cas, la plupart des autres depuis presque aussi longtemps. Un instant, il avait vu à quel point ces visages avaient changé. (...) Celle vision du changement l'avait fait frissonner alors, comme elle le faisait frissonner maintenant. Les visages qu'il avait regardés n'étaient plus des visages d'enfants... mais ils n'étaient pas encore devenus des visages d'hommes. c'était des visages dans les limbes, des visages en suspens entre deux états parfaitement définis." (825) Sous hypnose, Tom fait les révélations désirées. De même Jonesy à la commission d'enquête sur le rôle qu'il a joué lors de l'invasion des extraterrestres (qui se comportent chez King en partie à la manière des esprits) (Dreamcatcher, 683)
Durant l'hypnose, le sujet devient une marionnette entre les mains de son hypnotiseur et biologiquement ne fonctionne qu'à partir des directives du médium. Alors que pendant la transe, le médium conserve son autonomie.

Conclusion :

D'après certains écrits et dans la publicité de certains médiums abondamment diffusée dans les médias, rien ne semble impossible aux médiums. Leurs exploits défient les lois de la physique et ne sont pas corroborés par les connaissances scientifiques, mais ils continuent à rencontrer un vif succès auprès des foules crédules. Sur scène ou en spectacle, ils sont favorisés par l'obscurité qu'ils veulent faire régner quand se déroulent leurs opérations. Henri Poincaré, le célèbre mathématicien français, se déclarait incapable de contrôler lui-même une expérience de ce type, pour laquelle, disait-il, il fallait une attention en éveil et des sens aiguisés, sens qu'il ne croyait pas posséder. Il proposait de faire l'expérience devant un illusionniste mieux préparé que lui pour "
saisir le truc au vol" 33 et en pleine lumière, avec une caméra.

D'autres contrôles scientifiques ont eu lieu, Langevin, Lapicque, Rabaud, Piéron, Laugier, tous grands savants de l'époque et membres de l'Union Rationaliste, ont examiné certains médiums. Les plus récents contrôles ont fait intervenir Mystag, un illusionniste lui aussi membre de l'Union Rationaliste. Des résultats obtenus, il ressort que chaque fois que les expériences et les vérifications ont été rigoureusement conduites, les phénomènes annoncés ne se sont pas produits ou se sont manifestés dans les conditions douteuses, explicables par la fraude. Des prix importants ont été offerts pour la réalisation d'expériences simples dans des conditions correctes, expériences que des médiums effectuent aisément dans des séances privées : ils n'ont jamais été sollicités.34

King lui-même a évoqué ce problème dans L'Accident, où un journaliste douteux vient demander à Johnny le voyant de collaborer à leur journal de grande diffusion. Dans le roman, le journaliste connaît parfaitement les réussites de Johnny. Mais comme Johnny refuse de vendre la célébrité de son don, seule chose qui intéresse le journaliste (Johnny se contenterait, s'il accepte, de signer les articles que d'autres écriront à sa place, moyennant un gros chèque), il le chasse. En représailles, le journaliste décide de le discréditer dans son journal, Vie Intérieure. Il y publie un article vengeur : "Les docteurs mystifiés" : "Le propos de Vue Intérieure a toujours été non seulement de vous révéler les médiums inconnus de la presse officielle, mais aussi de dénoncer les tricheurs et les charlatans qui ont retardé pendant si longtemps l'acceptation de l'authentique médium. Un de ces mystificateurs révèle sa supercherie à un de nos informateurs. Ce soi-disant "médium", John Smith, de Pownal dans le Maine, a raconté à notre informateur que toute l'affaire était une trouvaille publicitaire pour payer sa note d'hôpital. "S'il y a un livre là-dessus, il me rapportera suffisamment pour payer tout ce que je dois et vivre tranquille pendant deux ans par la même occasion. Les gens sont prêts à croire n'importe quoi, prétend Smith. Pourquoi ne pas en profiter?" Grâce à Vue Intérieure qui a toujours prévenu ses lecteurs qu'un médium en cache deux faux, le train de l'abondance de John Smith a fini par dérailler. Nous renouvelons notre récompense de 1 000 dollars à quiconque dénoncera un faux médium." (188)

En quelques lignes, King a fait davantage pour discréditer le phénomène social de la médiumnité qu'un long discours : quel crédit accorder à des publications qui n'ont d'autre préoccupation que celle de vendre, sans se soucier de l'objectivité ou de la véracité des notions qu'ils affichent dans leurs pages? Qu'ajouter? Nos concitoyens, mal formés, ballottés et succombant sous le poids d'images et d'informations mal digérées, rejoignent la mentalité magique des peuples sous-développés et attendent les remèdes miracles qui viendront diminuer leurs maux. Toutes les pratiques susceptibles de leur donner l'espoir et la confiance que leur procurent les procédés magiques seront les bienvenues, même souvent provoquées. Nos contemporains se tournent à nouveau vers les mages, les gourous, les voyants, les marabouts, les religions orientales ou les nouvelles religions pseudo-rationnelles des sectes. C'est bien d'un supplément de pensée rationnelle que nous manquons et dont ont un urgent besoin les sociétés occidentales, et, bien sûr, les autres.

Roland Ernould
© septembre 2002.

Notes :

0 Pour le rationaliste, ces recueils sont des compilations sans esprit critique, rassemblant des récits d'expériences individuelles non vérifiées car non vérifiables. Il se demande quel intérêt peuvent avoir ces relations qui trahissent une méconnaissance des méthodes scientifiques d'investigation, dont les auteurs comme les lecteurs ignorent les exigences les plus élémentaires (impersonnalité, objectivité, contrôle, cohérence). Il est significatif que de tels recueils, qui existent depuis longtemps, se sont révélés stériles aussi bien pour la science que pour la technique. Ils n'ont jamais permis de provoquer ou de favoriser des découvertes scientifiques. Le bilan de ces traditions orales, rassemblées en anthologies dès les débuts de l'imprimerie, est entièrement négatif. Bien sûr, dira King, mais ce n'est pas étonnant, quand on constate l'esprit obtus et bloqué des savants...

1 Cette tendance à l'animisme se rencontre chez les peuples archaïques et les enfants. Elle se retrouve à des degrés divers chez tous les hommes; et certaines philosophies en sont imprégnées : le finalisme suppose un but intentionnel à chaque événement et n'admet pas le hasard. Il faut une connaissance suffisante des mécanismes physico-chimiques de la réalité pour échapper à de type d'explication. Voir L. Lévy-Bruhl, La mentalité primitive, PUF.

2 Ce terme me convient mieux que l'expression le «monde au-delà», qui suggère simultanément une conception d'une vie «ailleurs» après la mort. Le terme «monde-autre» n'a pas de connotation religieuse particulière. Pour ceux qui font profession d'accepter le surnaturel (sociologiquement ou littérairement, le monde des spirites ou celui créé par le romancier pour ses lecteurs), le réel apparent n'est pas la réalité véritable qui est ailleurs, cachée, mais brusquement manifestée par l'intrusion de la Surnature, avec une autre réalité qui lui est propre et nous est inconnue.

3 Selon la doctrine spirite, l'être humain se compose de trois éléments: le corps, l'âme (esprit incarné dans le corps) et le périsprit, le lien qui rattache l'âme au corps. Après la mort, qui se traduit par la destruction du corps, l'esprit conserve le périsprit, sorte de «corps éthérique» normalement invisible mais susceptible d'être perçu dans certaines circonstances par les médiums. Les esprits (ou âmes désincarnées) appartiennent selon Kardec à différents ordres définis en fonction de leur nature et classés dans une «échelle spirite» suivant leur degré d'évolution et leurs qualités. Kardec distingue dix classes d'esprits réparties en trois ordres. Dans cette doctrine, les médiums facilitent la communication entre le monde des hommes et celui des entités. Y. Lignon, Introduction à la parapsychologie scientifique, Calmann-Lévy, 1994.
Pour les parapsychologues, ce sont des dispositions spéciales, des composantes neuropsychologiques particulières qui expliquent ces possibilités. En parapsychologie, il n'est pas question d'esprits. R. Broughton,
Parapsychologie, une science controversée, éditions du Rocher, 1995.

4 Allan Kardec (pseudonyme de Léon Hippolyte Rivail qui se prétendait la réincarnation d'un druide gaulois, dont il se mis à porter le nom) a fait au milieu du XIXème siècle la synthèse de ses précurseurs (le magnétisme de Mesmer, le spiritualisme de Swedenborg, et la pratique du somnambulisme de Chastenet) dans son Livre des Esprits (1857, réédition récente Mortagne, 1983), "contenant les principes de la Doctrine spirite sur l'immortalité de l'âme, la nature des esprits, leurs manifestations et les rapports avec les hommes, les lois morales, la vie présente, la vie future et l'avenir de l'humanité, selon l'enseignement donné par les Esprits supérieurs à l'aide de divers médiums." Le livre connu un énorme succès.
définition du spiritisme par Kardec : "
La doctrine spirite, c'est-à-dire le spiritisme, se fonde sur la croyance dans les relations entre le monde matériel et le monde invisible, soit entre les hommes et les esprits, et nous appellerons spirites tous ceux qui adhèrent à cette doctrine."

5 Yves Lignon résume ce qu'est la médiumnité pour les spirites : "Quand un médium exerce son E. S. P. , c'est un décédé qui donne l'information; quand un médium produit télékinésies et ectoplasmies, c'est un décédé qui intervient dans le monde matériel." Introduction à la parapsychologie scientifique, Eché éd., 1988. Je rappelle que ESP (Extra-Sensory Perception, perceptions extra-sensorielles) a pour domaine la voyance et les visions, la télépathie et le dédoublement ou l'OBE (Out of the Body Experience). Voir ­ PROCÉDÉS MANTIQUES EN VOYANCE ET BILOCATION.

6 Ce n'est pas le cas de King dans ce roman. Il propose une explication différente (une mutation) et décrira un pouvoir particulier. Son explication est celle de la parapsychologie (voir le paragraphe suivant)

7 Il faut noter que, pour l'instant, la parapsychologie ne fait pas partie du domaine scientifique dans la mesure où elle ne peut faire l'objet d'une explication vérifiable.

8 Énergie qui peut être amplifiée par des humains formant une chaîne en se tenant les mains et se concentrant sur le phénomène...

9 Allan Kardec, Le Livre des médiums, rééd. récente : Dervy éd., 1972.

10 Sac d'os (Bag of Bones). Création : 1997-98. Première Publication : 1998. Éd. fr. Albin Michel, 1999.

11 Pour King, un esprit a besoin de l'énergie des vivants pour concrétiser son action. Insomnie et Sac d'os sont des romans qui utilisent particulièrement cette disposition. L'esprit de Sara puise son énergie dans les habitants du village : "Les vieux ne bougeaient pas, ne disaient rien. Des vieux qui étaient dans la zone, exactement comme moi. Des vieux qui envoyaient leurs vibrations. Elle y puisait ses forces. Elle les leur volait. Elle avait fait de même avec Devory, et avec moi, bien entendu. Bon nombre de manifestations dont j'avais été victime depuis mon retour avaient vraisemblablement été créées à partir de mon énergie psychique." (Sac d'os, 527)

12 Évidemment, un choc de fantômes...

13 Jerusalem's Lot. Créée lors d'un travail à l'Unversité en 1967, elle fut probablement réécrite pour été publiée en 1978. Elle fait partie du recueil Danse Macabre (Night Shift,1978). Éd. fr. Alta, 1980.

14 On examinera plus loin l'explication que donne King du mode de fonctionnement des entités, qui puisent pour agir l'énergie vitale des êtres vivants. Dans le cas présent, Johanna a trouvé en Mike l'énergie pour se matérialiser. Sur les problèmes d'énergie chez King, voir L'ÉNERGIE VITALE

15 La pranothérapie obtiendrait la guérison grâce aux mains du médium en contact direct avec le corps du malade.

16 Cest évidemment le bruit du choc des deux fantômes qui se heurtent...

17 C'est aussi le cas d'autres créateurs qui ont essayé d'obtenir des résultats en prenant diverses drogues hallucinogènes ou champignons. Le mouvement psychédélique fut très à la mode dans les années 60, dont une partie de l'art a été influencé par la traduction d'états psychédéliques. Le surréalisme est un mouvement artistique né après la seconde guerre mondiale, dont le représentant principal fut André Breton, qui publia Le Manifeste du surréalisme en 1924, ainsi qu'une revue Révolution Surréaliste. Les surréalismes se sont exprimés dans une sorte de fantastique onirique (Tanguy, Magritte, Dali) et certains écrivains par l'écriture automatique, révélant le fonctionnement réel de la pensée. Des aspects de certaines oeuvres de King sont surréalistes.

18 Allusion à une expression ou un fait américain que je ne connais pas?

19 Les hiboux sont capables, selon les croyances indiennes, de chasser les mauvais esprits (522)

20 À ne pas confondre avec les cas de Poltergeist, qui se caractérisent eux aussi par des transports d'objets, des coups, etc. diverses manifestations, toujours spontanées, et produites sans médium.

21 Dans une autre étude, à paraître ultérieurement, sera étudiée la psychokinésie, ou le PK (Psycho-Kinesis), action de la pensée sur la matière, avec déplacement d'objets, incendie, poltergeists (esprits frappeurs), la lévitation, les guérisons miraculeuses, etc.

22 L'idiot, le poète, l'inspiré, l'initié ont souvent été considérés comme des fous par certains aspects de leur comportement, parce qu'ils échappent aux normes communes. Tantôt on les a considérés comme bénéfiques, tantôt ils ont été persécutés.

23 Qui a acoustiquement la propriété d'accroître la durée ou l'efficacité du son.

24 King s'amuse à en citer un certain nombre : "Il lui manque une vis. Ramolli du ciboulot. Une araignée au plafond. Il a un petit grain. Il travaille du chapeau. Et, par ordre alphabétique: cinglé, cinoque, cintré, dingo, fada, loufoque, louftingue, maboul, marteau, piqué, siphonné, sonné, tapé, timbré, toc-toc, toqué, tordu, zinzin." (Le Fléau, 821)

25 Le syndrome de Down est celui de la trisomie 21, ou mongolisme, marqué par un retard mental important et un retard du développement.

26 Licencié de philosophie, diplômé de psychologie, un moment enseignant, puis à l'ex-ORTF avec Pierre Schaeffer, écrivain, Michel fut toujours excité par les idées parallèles. Il fit partie de l'équipe de la revue Planète, dirigée par Louis Pauwels et Jacques Bergier. Dans Le matin des magiciens, ces auteurs écrivaient : "S'il existe des mutants répondant à notre description, tout porte à penser qu'ils travaillent et communiquent entre eux au sein d'une société superposée à la nôtre, et qui s'étend sans doute sur le monde entier", avec moyens de communication non repérables. Ed. Gallimard, 1960. Folio 129, p. 612.

27 Sur le plan individuel, la possession peut se révéler être une thérapie efficace pour ceux qui ont des troubles émotionnels psychologiques. L'«esprit» qui les possède pouvait être chassé jadis par un exorcisme. De nos jours, la psychothérapie leur permet de trouver un accommodement avec ce qui n'est en réalité qu'une partie d'eux-mêmes.

28 La transe peut être obtenue par des drogues, dans certaines maladies, avec des postures spécifiques, par une profonde concentration ou bien d'autres facteurs. Les mystiques prétendent entrer en transe en s'isolant de leur corps. Dans cet état, ils disent ne plus ressentir la fatigue ou la douleur physique. Des philosophies orientales utilisent la transe comme le moyen de transcender son corps physique pour exister à un niveau supérieur.

29 À son habitude, King propose une explication de ce don spectaculaire, par l'intermédiaire du docteur Weizak. Johnny a eu un accident de voiture et son cerveau a été touché : "Pour en revenir au cas qui nous intéresse, une zone du cerveau de notre patient a été irrémédiablement lésée lors de l'accident. Pour rééquilibrer ce manque, l'activité cérébrale s'est accrue dans d'autres zones, je résume très schématiquement. La zone privilégiée pour ce plan d'activités semble se situer dans le lobe pariétal très annelé. Les réponses aux tests prouvent que cette zone n'est plus ce qu'elle devrait être. Le lobe pariétal est le centre du «toucher», c'est là que se définissent et se sélectionnent formes et textures. Nous avons pu observer que les pressentiments de Johnny sont toujours précédés d'un contact, d'un «touché»" (139)

30 Humour kingien, comparaison placée à cet endroit pour faire passer des considérations techniques sur l'écriture, une astuce de romancier qui fait sourire.

31 King évoque à plusieurs reprises cette transe de l'écrivain : "Johanna prétendait cependant que quand je m'enfonçais dans la «zone» Écriture, il était inutile de me parler de quoi que ce soit : les choses m'entraient par une oreille et sortaient de l'autre. Il lui arrivait même parfois de m'agrafer une note à la chemise - course à faire, coup de fil à donner - comme si j'avais quatre ans." (Dreamcatcher, 178)

32 B. Méheust, Somnambulisme et médiumnité (2 vol.), Les empêcheurs de Penser en Rond éd., 1999.

33 Collectif : Les sciences occultes ne sont pas des sciences, éd. Rationalistes, 1962, 125.

34 Collectif : Dictionnaire rationaliste, éd. Rationalistes, 1964, 303

ce texte a été publié dans ma Revue trimestrielle

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 # 17  automne 2002.

   

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