fantastique ou insolite

Blade II de Guillermo Del Toro

Ça va slasher!

Il en va de certains films comme de certains cours de fac : on s'y rend les pieds devant, le soupir au bord des lèvres qui se change volontiers en ricanement puisque l'on sait ce qui nous attend, à savoir un bon gros navet. Le premier Blade avait fait frissonner d'ennui et d'amateurisme (souvenez-vous de tout cet argent dépensé sans que personne ne le visse à l'écran !). Sa suite, contre toute attente, s'en démarque totalement et se hisse, toutes proportions gardées, au rang de bon film pour l'été.

Alors bien sûr, il faut admettre avant d'acheter son billet que ce n'est pas avec ce film que l'on comprendra Nietzsche (quoique...), que Del Toro sera couronné champion du monde ou que Loana deviendra intelligente. C'est un spectacle très primaire, ultra-violent, dont le scénario assez pauvre se résume en une petite histoire pour s'endormir : une race dégénérée de vampires (entre le saigneur de la nuit et l'alien, pour vous faire une idée peu ragoûtante) surgit des entrailles de Budapest et s'en prend aussi bien aux humains qu'à ses cousins. Blade, toujours méchant et toujours classe, doit s'allier avec les vampires pour exterminer cette nouvelle menace. Mais ça va être vachement dur.

Blade II est un pur film d'horreur, entre le fantastique et le gore, comme on n'en a plus vu depuis le titanesque Une Nuit en Enfer en 1995. Guillermo Del Toro, plutôt fan de cinéma bis et de pizzas que de Pascal, se permet toutes les outrances de ce genre de films : humour ras du sol, cinq bastons par plan et cinq plans par secondes, une galerie de personnages gentiment fondus du blob qui ne perdent pas la moindre occasion de s'en mettre sur le coin de la tronche et un héros quasiment muet, imperturbable et invincible, auquel Wesley Snipes confert un charisme presque mythique.

À l'univers très clean, très « d'jeuns-branché-techno » du premier film,
Del Toro substitue une esthétique absolument infâme, glauque et suintante de chaque bord de l'écran : un régal visuel et une ambiance vraiment sombre qui colle parfaitement au caractère des personnages, tous violents et corrompus. Le héros lui-même est une parfaite ordure qui ne cherche qu'à tuer tous les vampires qui bougent dans son champ de vision. Et comme sa conception du ménage ne cadre pas tout à fait avec celle de ses partenaires d'infortune, le film se transforme en une succession frénétique de superbes scènes d'action, violentes et gores, parsemées ici où là de quelques dialogues pour donner un peu de liant.

Mais alors, quelle énergie ! Quelle jouissance dans l'incroyable carnage, assumé avec bonheur par le réalisateur et son équipe. Brillante, inventive, parfois surprenante, la mise en scène scotche le public qui se retrouve happé par ce déluge euphorisant de monstres, de vannes débiles et de plans de plus en plus gores, jusqu'au final où une baignoire remplie de sang sert de décor à un
mano a mano d'une durée historique. Il faut sans doute remonter à Invasion Los Angeles de John Carpenter pour dénicher un affrontement à mains nues aussi long.

Soit, le film est d'une cruauté bêtement gratuite. Le sujet est sensible en cette période où le débat sur l'influence de la violence au cinéma et à la télévision fait rage : M6 déprogramme
Buffy (oh mon Dieu ! félicitons-nous de protéger ainsi nos enfants de l'envie de devenir un vampire, et continuons à fabriquer des mongols à tour de bras avec Loft Story), tandis que Blade n'écope que d'une interdiction aux moins de 12 ans, ce que je trouve insuffisant. Mais ces messieurs de la censure ont souvent des jugements qui nous échappent, à nous pauvres mortels ignorants, sur ce qui peut être montré (des femmes afghanes torturées, des malades du sida en stade terminal, Loft Story) et sur ce qui ne doit surtout jamais venir corrompre nos chères têtes blondes (une scène d'amour, ou un chien qui meurt dans un film - traumatisant, comme chacun sait -, un homme politique qui dirait les choses telles qu'elles sont etc.)

Sans vouloir tranformer cette rubrique en tribune, certaines questions doivent tout de même être posées : à quoi bon supprimer des écrans cette pauvre
Buffy qui ne risquait pas d'engendrer beaucoup de psychopathes aux dent longues, si Blade II est disponible au cinéma (pour moins de 10 francs pendant 3 jours !) pour tous les gamins, frustrés qu'on leur ait sucré Buffy ? Où croyez-vous qu'ils vont aller compenser leur manque de sang et de gelée verte ?

La violence de
Blade II est complètement délirante, grotesque. C'est une esthétique de bande dessinée, et Del Toro a su reproduire au plan près toute l'imagerie des comics : un monde urbain de cartoon, peuplé de créatures joyeusement flambeuses qui revêtent manteaux de cuir et grosses pétoires avant de partir à la chasse au parasite. Wesley Snipes campe le vampire tueur de monstres avec charme et décontraction : bien plus en forme que dans ses précédents films, il semble courir au milieu des balles et des explosions avec le sourire. Notre chouchou Ron Perlman hérite du rôle du vampire sadique et mégalomane, et les lunettes noires lui vont bien.

Del Toro soigne ses acteurs en leur offrant de superbes plans, dans lesquels ils exécutent sans broncher cascades surhumaines et prises de Kung-fu dignes des films de Tsui Hark. Les combats s'enchaînent sans jamais se répéter, ce qui est d'ordinaire l'écueil de ce genre de films qui finissent par lasser le spectateur au bout d'une demi-heure : ici, tous les styles d'affrontements sont revisités. Du combat de rue au duel de western, du ninja armé de sabres au carnage le plus salissant, jusqu'au duel de fin qui passe du Kung-fu à la boxe, et enfin au catch !

Un film « too much » donc, qui assume avec fierté son unique but de divertir et de placer haut la barre sur le plan du rythme et de l'horreur, puisque
Blade II est franchement saignant ; et même bien gore lors d'une séquence d'autopsie anthologique, chose peu courante dans un film destiné malgré tout à un large public. En admettant que c'est l'été, que les examens sont finis et que chaque film ne doit pas nécessairement engendrer la philosophie, on prend un réel plaisir à suivre les aventures de Blade et de ses gais compagnons. D'aucuns diront que « c'est pour les garçons », ce qui n'est pas très gentil : il y avait environ 50% de filles dans la salle, et elles s'amusaient toutes autant que moi. Maintenant, on a aussi le droit de trouver tout ça complètement idiot.
article de "Sylvain Tavernier" <syltavernier@wanadoo.fr> -© juillet 2002

Scénario David S. Goyer. Avec : Wesley Snipes, Kris Kristofferson, Ron Perlman, Leonor Varela, Norman Reedus, Thomas Kretschmann, Luke Goss, Matthew Schulze, Danny John Jules, Donnie Yen, Karel Roden . Durée: 1h50. USA 2002.

Del Toro négocie actuellement avec Dreamworks pour adapter la nouvelle de H. P. Lovecraft At the mountains of madness (Les montagnes hallucinées, 1931. Tome 1 de l'édition Lacassin, Laffont Bouquins).

Le scénario serait écrit avec Matthew Robbins, son partenaire de Mimic. C'est l'histoire d'une expédition antarctique de l'Université de Miskatonic, qui découvre les traces d'une ancienne civilisation et réveille ceux que Lovecraft appelle "les Anciens Dieux".

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