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VENOM

nouvelle du recueil Métal hurlant

Rivages/Fantasy éditeur , 18/2001

L'édition italienne de Metallo hurlante (Métal hurlant) comporte un épilogue à la nouvelle Venom, qui ne figure pas dans l'édition française. Avec l'autorisation de Valerio, voici cet épilogue, non traduit bien sûr.

Venom est la seule nouvelle à mettre en scène Eymerich, un an après qu'il ait été nommé Inquisiteur et avant l'expédition de Sardaigne, sujet du quatrième volume, soit en 1353 (la date n'est pas indiquée). Elle est à inclure dans la saga à une place particulière parce qu'elle met Eymerich dans une position historique inconfortable, celle de fauteur de crime contre l'humanité, en le rendant responsable de la propagation d'un virus qui fera des ravages au XXIème siècle, un virus plus dangereux encore que le sida. Eymerich, qui a accumulé les horreurs, a signé là son plus grand crime.

Selon le procédé habituel, des éléments d'ordre scientifique occupent une place importante du récit. Le virus Marburg s'est en effet subitement propagé après avoir dormi pendant des siècles. Il s'est en plus associé au VIH, pour former un complexe nouveau, le Marburg-VIH. Comme le sida, il se propage par voie sexuelle. Il ronge les organes et les chairs, après s'être attaqué en premier aux organes sexuels qu'il réduit ou détruit, s'acharnant contre l'activité sexuelle humaine, qui n'est plus réservée qu'à quelques clones bénéficiant d'un bon matériel génétique. Heureusement, plusieurs inventions ont pu être utilisées pour éviter la destruction d'une partie de l'humanité. On a d'abord trouvé, à la fin du XIXème, une colle particulière (cyanoacrylique), colle que l'on retrouvera dans la nouvelle Sepultura. Puis un agent composite, le Norian SRS, capable de s'intégrer avec la colle à la partie minérale des os. La colle pour la peau, le Norian pour renforcer l'ossature, manquait le matériau de remplacement pour les parties du corps détruites. Ce fut fait avec un métal spécial mixé à de la chitine, extraite de la carapace des araignées et des scorpions (on trouvera ces insectes à divers endroirts dans le récit), et de la colle, le mélange donnant un métal rendu bioactif. Il en est résulté une nouvelle race humaine métallique, aussi puissante qu'actuellement, mais stérile.

Le récit.

Le lecteur se trouve vivre un épisode d'une guerre au Kenya, un assaut contre une forteresse militaire, une caverne. Des militaires, la plupart des vétérans de la Rache, solidement armés, veulent détruire un repaire occupé par des guerriers géants noirs qui n'ont plus grand chose d'humain, quasi entièrement couverts d'une carapace d'acier bioactif noir. Des épisodes du combat, suivis par des médecins de l'infirmerie, sont spectaculaires, car le métal humain ne peut résister à l'électromagnétisme. Soumis à un puissant arc voltaïque, le métal devient fou, compactant les guerriers et les réduisant à une sphère collective monstrueuse. (on trouvera un autre procédé de guerre contre le métal dans Metallica).

Très loin dans le temps, derrière ces événements, il y a Eymerich, qui démêle les fils d'un complot visant le roi d'Aragon, dont le trône est convoité par une branche rivale. Il interroge deux prisonniers, selon ses méthodes, un juif déjà âgé, malade (il a des pustules, il tousse), et son giton, un adolescent au visage de fille, lui aussi malade, que veut lui retirer l'évêque de Lérida. Eymerich, fidèle à lui-même (quelques détails connus sont mis en scène différemment), pratique les interrogatoires avec sa méthode. Il a notamment fait jeter des araignées et des scorpions dans les cellules des condamnés, pour les impressionner. Il met à jour une machination tortueuse, montée par l'évêque qui a déjà eu en sa possession les deux inculpés. L'évêque, qui est allé dans les pays lointains abyssiniens pour y retrouver les restes de sainte Barbe, en a ramené un culte païen local, qu'il a associé à la sainte. Il pratique ainsi secrètement la démonologie, à laquelle il a initié les inculpés. Son plan consiste à utiliser le garçon pour donner la ravageuse maladie, dont on sait déjà qu'elle se propage par les relations sexuelles, au frère du roi, bisexuel, aussi amant de la reine, pour la lui communiquer. La reine la transmettre au roi. Simple, il suffisait d'y penser.

Les dieux.

On passera sur les péripéties du récit, pour n'en garder que deux prolongements. Le premier est la destruction de la prison par une monstrueuse entité souterraine, appelée par le giton lors d'un interrogatoire avec Eymerich. Il faut ici en revenir à sainte Barbe, la sainte des métaux, patronne de ceux qui forgent le fer, l'acier et le bronze avec le feu, des fondeurs aux fabricants de cloches, des artificiers, et princesse des foudres. L'évêque a trouvé en Afrique des relations entre son culte chrétien et des dieux africains, comme Ogoun, capable de faire du métal de la chair, et de la chair du métal. En fait, pour l'évêque, les dieux sont un pour chaque peuple, mais pluriels : le dieu Héphaïstos pour les Grecs ou Vulcain pour les Romains, Wieland pour les Nordiques, et bien d'autres, sont le même dieu, avec des possibilités différentes. On connaît les vierges d'or vivantes d'Homère créées par Héphaïstos, capable, comme Ogoun, de faire du métal de la chair. Les divers dieux du métal et sainte Barbe renvoient à la même divinité. Les soldats vainqueurs trouveront ce dieu dans un gouffre de la caverne.

Une seconde connexion s'établit avec la maladie de l'adolescent, qu'Eymerich renvoie en Afrique, en interdisant au capitaine du navire toute relation entre lui et l'équipage. Il sait que ce faisant, il va permettre à la maladie de se propager dans les pays africains, de produire un génocide, ce qui le réjouit, puisqu'il éliminera des hérétiques. Au capitaine qui lui signale que la maladie risque de gagner l'Occident ensuite, il a cette phrase terrible : "Cela signifie que le péché aura érigé parmi nous son royaume. Et quiconque en sera complice devra s'attendre à mourir. C'est cela, en réalité , ma vraie sentence." Ces mots sinistres pourraient être prononcés par tous les fanatiques exterminateurs qui propagent le malheur et la mort dans le monde. La nouvelle se termine par la sentence d'Eymerich et Valerio me précise que cette conclusion lui apparaît comme la plus effrayante qu'il ait écrite. Eymerich est, selon ses termes, "une sorte de démiurge, capable de modeler le monde à son image."

Le châtiment.

La punition qu'Eymerich réservait à ceux qui étaient coupables à ses yeux a touché maintenant le monde entier. D'où un étrange combat futuriste entre guerriers de métal, qui se rattache soudainement aux plus lointaines superstitions des hommes. Car les soldats de la Rache, parvenus au bord du gouffre, fuient en voyant l'être qui s'y trouve, contre lequel leur attirail guerrier n'est plus de mise. Au fond de l'abîme se trouve un être à la colossale tête de métal noire, recouverte d'araignées et de scorpions (encore le souvenir des cachots d'Eymerich), qui brandit un marteau dans son poing. C'est la représentation conventionnelle de Vulcain, pour les Occidentaux, mais le noir Ogoun pour les Kenyans. L'officier offert en sacrifice, le dieu a encore faim.

La terreur ancestrale a fait fuir les soldats devant la manifestation visible du dieu. Mais un médecin rationaliste a son explication. Ce monde de métal n'ayant rien de bien attractif, les hommes qui y vivent ne le supportent que par le recours régulier à une drogue légère. Le métal a pu être modifié par cette drogue. Il n'y aurait ainsi ni Vulcain, ni Ogoun. C'est le métal devenu vivant qui rêve de ses propres dieux. Les fragments métalliques bioactifs vivent leurs propres rêves de métal, qui sont pour les hommes des rêves de cauchemar. Et le médecin de faire cette conclusion effarante. Les hommes faits à moitié de métal vivant et sensible, la pensée n'est plus concentrée dans le cerveau, mais s'est éparpillée dans tout le corps. La pensée humaine a vécu.

Une doctoresse ne peut plus le supporter. Déjà condamnée au phallus métallique - chanceuse, elle a conservé son vagin - , elle ne veut pas être conditionnée par le métal, vivre au milieu de monstres rêvés par le métal et la chitine des insectes1. Elle voit, dans l'enchaînement des événements, l'anémie falciforme, puis le sida, ensuite le Marburg-VIH, et maintenant les cauchemars du métal, une volonté malveillante, une condamnation à l'enfer, intuition de la sentence prononcée par Eymerich sept siècles plus tôt par Eymerich. Désespoir? Pulsion du métal qui veut se rapprocher de son dieu, s'offrir en victime, créant sa propre religion? Le lecteur a pu remarquer les notations incidentes, depuis le début du récit, de l'image d'Ogoun ou de sainte Barbe dans le ciel. La doctoresse va se jeter en sacrifice dans le gouffre.

Venom, groupe anglais, est connu pour son inspiration satanique (premiers pas du black metal - leur premier disque porte ce nom - et le noir fait penser au métal qui recouvre les guerriers kényans), et apprécié pour son concept ultra-brutal, qui favorisera la montée du thrash metal. Il est bien choisi pour représenter Eymerich, qui voit l'oeuvre de Satan dans ce qui trouble l'ordre divin, désordre assimilé par lui à celui que prône son église.

1 Question : quand la chitine des araignées et des scorpions, devenus chair humaine, aura-t-elle aussi ses propres rêves?

Roland Ernould © août 2001.

L'édition italienne de Metallo hurlante (Métal hurlant) comporte un épilogue à la nouvelle Venom, qui ne figure pas dans l'édition française. Avec l'autorisation de Valerio, voici cet épilogue, non traduit bien sûr.

 

Venom (epilogo)

 

La galea di Ramon de Senesterra si allontanò a colpi di remi dal porto di Barcellona, circonfusa dai raggi del sole riflessi dalle onde marine. La piccola folla che si era assiepata sul molo, composta in gran parte da parenti dei rematori e dei marinai, smise di lanciare grida di saluto e si disperse. Eymerich, ritto a distanza, a braccia incrociate, in una guardiola semicircolare eretta dove i bastioni facevano angolo, sollevò il cappuccio nero foderato di bianco e scese la corta scaletta di pietra che portava alla strada.

Vide padre Vidal venirgli incontro, con un sorriso allegro sul viso imberbe. «Complimenti, magister!» gli gridò il giovane frate. «In città non si parla che di voi!»

Eymerich aggrottò le sopracciglia. «Non amo affatto che si parli di me. Barcellona è superficiale e pettegola come una femmina. Non vedo l'ora di essere di nuovo a Saragozza.»

Sui tratti glabri di padre Vidal si disegnò una smorfia di delusione. «Davvero ve ne andate così presto? Avrei tante cose da imparare da voi...»

«Da me o da un altro, quel che è certo è che avete molte cose da imparare. Per esempio, non ho affatto approvato...»

D'improvviso Eymerich lanciò un grido soffocato. Una farfalla multicolore gli si era posata sulla spalla, e batteva le ali. L'inquisitore si ingobbì e agitò scompostamente il braccio, finché l'insetto non riprese il volo.

Padre Vidal era sbalordito. «Ma magister, è solo una farfalla! Guardate quanto è bella!»

Eymerich si raddrizzò e si ricompose, anche se un po' a fatica. Continuò a seguire con occhio segretamente allarmato le circonvoluzioni dell'insetto, che planava sulle mura del bastione. «E che cos'è una farfalla? E' un verme con le ali» sentenziò secco. «La sua bellezza apparente cela un corpo ripugnante. Come accade con le eresie.»

Il giovane frate era perplesso, ma cercò di non darlo a vedere. Cambiò argomento. «Non ero sulla galea, ma mi hanno riferito ciò che avete detto. E' strano, il vostro giudizio di condanna sembrava riferito anche ai secoli futuri. Come se voi poteste operare fuori del tempo.»

Eymerich era molto infastidito dalla petulanza del giovane, però l'ultima frase lo colpì. «E' la regola di cui siamo portatori che è fuori del tempo» disse grave. «Per questo non ci sono limiti alla giurisdizione del Santo Uffizio. Né geografici né temporali.»

«Francamente stento a comprendervi.»

Eymerich attese a rispondere. La farfalla era tornata e gli si era posata su una manica. Questa volta l'inquisitore non la scacciò. Sollevò lentamente il braccio e, d'improvviso, le soffiò con forza sulle ali. I colori brillanti scomparvero in una minuscola nuvoletta polverosa. L'insetto subito si levò in volo.

«Guardate» disse l'inquisitore, sardonico. «Forse ora capirete qual è la nostra missione. Cancellare i colori del verme. E, così facendo, deciderne il destino.»

Ancora più perplesso, padre Vidal si sporse oltre il bastione, fissando la creaturina. L'insetto volteggiò un poco, ma si vedeva che non riusciva a reggersi. Qualche istante dopo smise di volare e cadde in acqua. «Oh!» mormorò il giovane.

Sul viso austero di Eymerich apparve il ghigno che in lui teneva il posto di un sorriso.

Valerio Evangelisti

  

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Revue Phénix #57, mai 2002.
Numéro spécial Valerio Evangelisti, avec un chapitre inédit des Chaînes d'Eymerich, une interview inédite et de nomreux articles de Roland Ernould, l'auteur de ce site. Ce copieux dossier de 140 pages comprend également un article de Delphine Grépilloux et une bibliographie d'Alain Sprauel.

Le dessin de couverture est de Sophie Klesen

En librairie : 13 ¤. La revue Phénix est éditée par la SARL Éditions Naturellement, 1, place Henri Barbusse, 69700 Givors. Directeur : Alain Pelosato.