Alain Delbe, François l'Ardent

éd. Climats, 1999.

Espérez n'être pas né «ardent». Surtout pas ardent contrarié: quoi que vous fassiez et quelles que soient vos illusions, votre vie serait sévèrement contrôlée par des puissances obscures dont vous seriez le hochet. Vous passeriez, sans rien y comprendre, des tourments de l'enfer aux joies du paradis. Ou vice-versa...

Ce récit singulier, écrit avec la clarté et l'élégance de ton qui caractérisent Alain Delbe, se présente d'abord sous la forme d'un coquin roman libertin du XVIIIè s. Il nous conte les mésaventures de François, puceau écartelé entre ses besoins de luxure (considérée comme diabolique par sa mère et son curé), et son conditionnement à une vie de sainteté impossible à réaliser. Ses interrogations surgissent: qu'est-ce que ce monde où le bien peut surgir du mal? Et le mal conduire au bien? Séduit par la multiplication des approches, certaines insolites, par les comportements inattendus du personnage, le lecteur perçoit que François n'a pas le contrôle de sa vie. Ainsi surgissent au bon moment des protagonistes familiers, mais suspects, dans des rôles louches d'incitateurs. Ou viennent à François, à sa grande surprise, des talents cachés et des dispositions inattendues. Mais la connaissance du grand secret du sexe féminin complique sa vie au lieu de la simplifier. L'initiation à la découverte spirituelle d'un ordre alchimiste le conduit dans une impasse...

Ce roman picaresque, se déroulant linéairement, est remarquablement agencé. Il multiplie les approches prévisibles comme les rencontres surprenantes, dans une remarquable construction contrapuntique, où prend sa place chaque dessin, dont l'importance apparaîtra plus tard, et discrètement suggéré. Et il n'est pas insignifiant que, pour son intelligence des choses cosmiques, François soit passé par les rôles d'inspirateur d'une pièce de théâtre, jouée par des comédiens ambulants. Qu'il ait été lui-même acteur, quel meilleur moyen pour comprendre que le monde n'est qu'une danse d'illusions, conduite par le suprême magicien?
Car François a parcouru un long chemin qui l'a conduit, dans l'effarement, de la crainte de la sexualité à la compréhension de ses mystères. Il sait maintenant décoder, comme des inscriptions hiéroglyphiques, les secrets de sa destinée enfouis dans les replis du sexe féminin. Sans pour autant donner une direction à sa vie: quel sens lui donner? On aurait pu croire un instant que le roman se bornerait à des interrogations morales, conduisant François de l'intolérance à l'acceptation; en fait, là où il était obligé d'aller, dans un cycle d'éternel retour où chaque élément prend sa place.

Suggérer que, dans la grande histoire du monde, les êtres diaboliques, comme les angéliques, ne sont que des moyens utilisés par une divinité joueuse et manipulatrice, n'est pas une réponse bien originale. Qu'elle soit donnée au terme d'un roman, d'abord grivois et leste, devenant de plus en plus métaphysique, l'est moins. La fin du récit surprendra. Et dans la mesure où un puissant sentiment d'étrangeté accompagne les doutes et les craintes de François; où les questions posées comme les problèmes à élucider troublent; où l'approche de la sexualité est insolite et inquiétante, cette oeuvre originale, dédiée à Claude Seignolle, appartient bien à la grande famille du fantastique.

La 4 de couverture:

En cette seconde moitié du XVIllè siècle, le jeune François Dautrec ne doute pas de son avenir : il sera un saint pareil à ceux dont la Légende Dorée raconte les vies miraculeuses. Sa mère Augustine et son précepteur l'abbé Sardine ne pourraient connaître là de plus grand bonheur, n'en déplaise à son père, le jovial et quelque peu paillard Antoine.
Mais c'est oublier que les voies qui mènent à Dieu n'appartiennent qu'à Lui, et qu'il Lui arrive parfois de les rendre bien étonnantes.
Un truculent roman métaphysique.
«... Elle ouvre les yeux, paraît surprise. Son regard croise celui de François. Va-t-elle appeler pour qu'on chasse l'indiscret? Non, son visage s'illumine d'un sourire gourmand, elle lui tend les bras! D'un soupir, sa bouche muette l'invite à s'approcher, à l'embrasser. François sent son corps parcouru des pieds à la tête d' un frisson brutal. Que faire? Est-ce un piège? Va-t-il perdre la tête? Est-ce cela le désir? Quelle violence! Au prix d'un effort inouï, il se tourne vers le crucifix. Horreur! Le Fils de Dieu lui-même tient son regard rivé sur la femme, une grimace lubrique déforme ses traits... Non! Blasphème! Blasphème! ...»

 

 

Notice bibliographique: Né en à Douai 1954, Alain Delbe habite Bondues, dans la région lilloise. Il est psychologue auprès d'enfants dans une Consultation Médico-Psychologique. Les îles jumelles (note de lecture) a obtenu en 1994 le Prix Alain-Fournier. Il a écrit deux autres romans, François l'Ardent, 1999, et Le complexe de Médée, éd. Nestiveqven, 2004 (note de lecture), et publié une trentaine de nouvelles, dans La N.R.F.,Fluide Glacial, Nord, Phénix. Ténèbres, Hauteurs et dans des anthologies. Une de ses nouvelles figure dans le recueil Ténèbres 2000 (Naturellement, 2000), une autre dans Noires soeurs, anthologie de Serena Gentilhomme. Il est l'auteur d'études critiques parues dans plusieurs revues dont Phénix, Otrante et Hauteurs. Il est aussi l'auteur d'un essai de psychanalyse, Le stade vocal (L'Harmattan, 1995).

 Roland Ernould © 1999

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